LA FRANCE C'EST NOUS !!

BIENVENUE SUR CE BLOG DE SOUTIEN À DOMINIQUE DE VILLEPIN !! Nous, citoyennes, citoyens, avons décidé de participer dans cette aventure Présidentielle 2012, de plus en plus nombreuses et nombreux à être exaspérés par les calculs électoraux, par les discours creux et les promesses vaines. Pour une nouvelle tendance pour Mieux Vivre Ensemble. Nous pensons qu'un seul homme peut tenir ce pari : Dominique de Villepin !!



mardi 3 janvier 2012

« Villepin, le cauchemar de Sarkozy » – Thierry Desjardins (Fayard): Diplomate et militant

Deuxième extrait du livre de Thierry Desjardins qui sort cette semaine chez Fayard : « Villepin, le cauchemar de Sarkozy ». Aujourd’hui, nous publions avec l’aimable autorisation de l’auteur : Diplomate et militant.

En juin 1980, Dominique de Villepin devient donc fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, comme « secrétaire des Affaires étrangères ». Le voici diplomate, comme il en rêvait. Jean François-Poncet est son ministre de tutelle.

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Villepin est affecté, à sa demande, à la direction des Affaires africaines et malgaches, dont le directeur est alors le très brillant, « époustouflant », disent ceux qui l’ont bien connu, Guy Georgy. Georgy lui confie la Corne de l’Afrique. Peut-être parce que le Clemenceau avait fait des ronds dans l’eau au large de Djibouti.

Villepin partage le bureau de Brigitte Girardin, qui, vingt-cinq ans plus tard, sera « sa » ministre déléguée à la Coopération, avant de devenir son bras droit le plus fidèle au sein de République solidaire. Brigitte Girardin se souvient : « C’est Dominique qui avait choisi l’Afrique parce qu’il adore tout ce qui est africain, l’art, la musique.

Il était ravi d’avoir la Corne parce que cette région était en pleine crise et qu’il a toujours adoré les crises. Surtout quand il a l’impression que la France peut y jouer un rôle. Déjà, à l’époque, on voyait qu’il avait une ambition énorme. Pas pour lui, pour la France. On voyait que ce grand type n’était motivé que par une seule chose : le service de la France. D’ailleurs, s’il avait été aussi ambitieux pour lui-même qu’on le raconte, il n’aurait pas choisi le Quai d’Orsay, pas accepté l’Afrique, pas accepté la Corne de l’Afrique. »

Brigitte Girardin et Villepin sont sous les ordres directs de Marie-Claude Cabana, brillante énarque, mais surtout femme de Camille Cabana. Brigitte Girardin répète aujourd’hui encore : « Dominique et moi, nous sommes des enfants des Cabana. » En effet, Cabana présentera Villepin à Chirac et prendra Brigitte Girardin comme chef de cabinet en 1986, quand il sera nommé ministre délégué aux Privatisations.

La Corne de l’Afrique, ce n’est pas seulement le souvenir, cher à Villepin, de Rimbaud, le caravanier de Tadjourah partant à la recherche d’« un nouvel itinéraire entre le royaume de Choa et la côte, en passant par le haut plateau de Harar ». C’est aussi l’un des verrous essentiels de l’économie mondiale, la sortie de la mer Rouge et l’entrée du Golfe, la route du pétrole.

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Villepin, grand dévoreur de dossiers, se passionne pour ce coin du monde qu’on lui a attribué et où s’affrontent à la fois les intérêts de toutes les grandes puissances et les haines ancestrales de tribus aux pieds nus, fidèles des trois monothéismes. Mais le modeste secrétaire des Affaires étrangères entend aussi participer à la grande bataille qui se prépare en France avec la présidentielle de 1981. Il sait que Giscard sera battu et que François Mitterrand risque fort de l’emporter. Or il déteste Mitterrand.

Dans Le Cri de la gargouille, il trace le portrait des « trois figures libres plus qu’imposées qui ont jalonné notre histoire » : le charismatique, le technocrate et le Florentin. Il est sans pitié. Aucun portrait n’a probablement jamais été si cruel : « Le Florentin, véritable hypnotiseur, subtil mélange de Gracian, Machiavel, Médicis et Borgia, tout l’art des rivalités, des vanités, jeux de cour et médiocrités. Une figure adonnée au culte du
calcul, de l’esquive, de la machination, de l’illusion, de la représentation, qui déploie comme une seconde nature le goût et la pratique de la séduction.

Divisant pour régner, ce caméléon joue de tous les registres, manipule tous les claviers, tour à tour affectueux ou menaçant, détaché ou pressant, raffiné ou brutal, fidèle ou cynique, toujours ambigu, mystérieux, paradoxal, singulier et multiple, féminin et masculin, chat et souris, hyène ou brebis : terrible dictature de l’humain sous le règne animal. » Villepin a déjà sa conception de ce que doit être un chef d’État.

Il veut participer au combat politique. Marie-Claude Cabana le présente à son mari. Le futur ministre délégué chargé des Privatisations puis – la cohabitation avec Balladur, son ministre de tutelle, étant trop insupportable – des Rapatriés, futur sénateur de Paris (1991-1995) et futur adjoint au maire de Paris chargé des finances, est encore totalement inconnu du grand public, mais il fait partie de l’entourage immédiat de Chirac, en tant que secrétaire général de la Ville de Paris.

Camille Cabana, énarque lui-même (mais par le concours réservé aux fonctionnaires), est séduit par ce brillant sujet « à l’allure très chiraquienne ». Un jour, il présente donc Villepin à Chirac.

Villepin raconte : « Chirac m’a accueilli à bras ouverts et m’a dit tout de suite : je me passionne pour la vie internationale et vous êtes diplomate, ça tombe bien. J’ai besoin de gens comme vous pour me faire des notes. Il faudrait aussi que vous participiez à la préparation de mes discours. »

Dès leur première rencontre, les deux hommes sympathisent. Au-delà de l’inévitable solidarité d’énarques, chacun apprécie chez l’autre sa puissance de travail, sa connaissance des dossiers et, peut-être plus encore, sa familiarité avec certains auteurs un peu difficiles. Cette rencontre sera déterminante pour Villepin.

Un jour, Juppé donne à Villepin le brouillon d’un discours que Chirac doit prononcer sur l’Allemagne. Le jeune diplomate trouve ce texte particulièrement médiocre et écrit en marge : « Si le maire de Paris prononce ce discours, il risque de devenir un zozo de la politique internationale. » Chirac tombe malencontreusement sur l’annotation, éclate de rire et invite le jeune impertinent dans son bureau de l’Hôtel de Ville.

Chirac s’écrie : « J’apprécie ceux qui ont le courage de me dire ce qu’ils pensent. Ils sont trop rares. J’ai trop de courtisans autour de moi. La vie politique française est pervertie par la cour. De Gaulle avait ses compagnons, Pompidou avait ses camarades de la rue d’Ulm, mais Giscard n’a plus personne. Moi non plus. Nous n’avons que des courtisans » ; et il ajoute : « Je peux vous dire que nous travaillerons ensemble un jour. »

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En 1981, Villepin croit (un peu) que la victoire de Chirac est possible, espérant que les Français qui ne supportent plus Giscard et qui lui reprochent un bilan assez médiocre ne vont pas oser, pour autant, s’élancer dans l’aventure derrière le « Florentin ». Il va de
plus en plus souvent au RPR, commence à faire partie de ceux que Juppé écoute avec le plus d’attention et travaille, avec quelques autres, à l’élaboration du programme de politique étrangère du candidat Chirac.

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La campagne présidentielle de 1981 marquera sans doute à tout jamais Villepin. Et il ne fait guère de doute qu’il y pense encore aujourd’hui. Au départ, personne ne donne la moindre chance à Chirac, un ancien Premier ministre qui ose se porter candidat contre
le président sortant, de son propre camp. Ça ne se fait pas ! Pis, la droite accuse l’ancien Premier ministre de faire le jeu de la gauche pour assouvir une rancune personnelle. (…)

Il y a fort à parier que, depuis quelques mois, il est arrivé bien souvent à Villepin de relire le texte de Chirac annonçant, le 3 février 1981, sa candidature : « La France est riche d’histoire et de culture. Elle a les moyens de la grandeur et du progrès et pourtant elle s’affaiblit. Son économie vacille, ses positions dans le monde s’effritent, la lassitude et le doute s’insinuent au coeur des Français. Il faut arrêter ce processus de dégradation.

Aucune fatalité ne condamne notre pays au repliement. […] J’appelle tous ceux qui veulent rester fiers d’être français à se rassembler pour relever les défis du monde qui vient. Je les appelle à l’ardeur de l’espérance et au sursaut de la volonté. »

Vingt-neuf ans plus tard, presque jour pour jour, Villepin déclarait: « Nous sommes dans un temps d’incertitude, de difficulté, mais c’est aussi un temps d’espoir. Nous sommes dans un temps de faiblesse du pouvoir, de faiblesse de l’Europe, mais c’est aussi le temps du sursaut. C’est dans cet esprit que je propose à tous les républicains un engagement solidaire pour la France qui pourrait rassembler une large majorité de Français pour redresser l’État, pour raffermir la République, pour relever la Nation. »

Sachant Giscard condamné, Chirac voulait sauver la droite en offrant aux électeurs un autre choix que la gauche. Il se disait lui-même « candidat de l’alternance au sein de la majorité » et souhaitait offrir aux Français « autre chose que le choix entre l’aventure de l’incertain et la certitude de l’aventure ».

Un ancien Premier ministre (de droite) qui se présente contre le président de la République sortant (de droite) parce qu’il est convaincu que ce président sortant sera battu, et qui veut croire que, malgré la popularité du candidat de gauche, il a, lui, une chance de faire gagner son camp… 1981, 2012, à croire que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement.

Quelques années après 1981, quand on interrogeait Chirac sur sa candidature et qu’on lui demandait s’il avait eu raison de se présenter contre Giscard – et Villepin le lui a demandé bien souvent–, il répondait invariablement : « Je n’avais pas le choix. Des tas de commentateurs ont expliqué que ça m’a coûté très cher. C’est sûrement vrai. Mais personne n’a jamais imaginé ce qu’on aurait dit si le chef du mouvement gaulliste, celui qui pendant des mois avait protesté contre la mauvaise politique menée par le gouvernement (et qui donnait les résultats qu’on voyait) n’avait pas fait acte de candidature, n’avait pas présenté un programme gaulliste, n’avait pas donné aux Français un moyen de rejeter cette politique sans pour autant voter pour les socialo-communistes.

C’est en ne me présentant pas que j’aurais fait le jeu de Mitterrand. Les Français alors n’auraient plus eu le choix. J’étais tout à fait convaincu que Giscard ne pouvait que perdre l’élection. Le gouvernement avait fait beaucoup trop d’erreurs
pour qu’il ait la moindre chance. Pour Mitterrand, c’était l’heure de la victoire. »

Trente ans plus tard, convaincu que Sarkozy ne peut que perdre l’élection, le gouvernement ayant fait beaucoup trop d’erreurs, et que, pour la gauche, c’est l’heure de la victoire, Villepin a-t-il le « choix », lui qui pendant des mois a protesté contre la mauvaise politique menée ? « Non, je n’ai pas le choix », nous répète-t-il.

Mais Chirac est battu le dimanche 26 avril 1981, n’obtenant que 17,99 % des voix, loin derrière Giscard, 28,31 %, et Mitterrand, 25,84 %, mais devant Marchais, 15,34 %, et Michel Debré 1,66 %.

Source: « Villepin, le cauchemar de Sarkozy » – Thierry Desjardins (Fayard)

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur

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