J’ai été accueilli il y a trois jours par une famille, dans l’Aisne. Elle m’a ouvert les portes de sa maison et m’y a accueilli chaleureusement et simplement. Dans cette ferme un peu à l’écart du village, à l’ouverture d’un petit vallon encaissé, nous avons partagé un repas et échangé des idées, quelques heures durant. Je veux les remercier pour ce moment arraché aux conventions et aux faux-semblants de la politique.
Ils étaient réfléchis, francs, optimistes aussi, parlant d’expérience lorsqu’ils parlaient de la France, de l’Europe et de l’avenir de l’agriculture dans le monde à venir. Il y a des vérités que vous lisez et qui vous glissent des mains. Celles qu’on vous transmet d’un seul mot restent gravées. On leur laisserait volontiers les clés du ministère de l’Agriculture parce que rien ne vaut les vérités d’expérience.
Ils savaient pourquoi ils étaient là et où ils allaient. Ils savaient avec qui ils voulaient faire ce chemin, parlant en générations quand la plupart d’entre nous ne semblent plus vivre qu’au jour le jour. Ils savaient les efforts et les sacrifices de leurs choix. Il y avait, en un mot, une qualité d’évidence dans la vie qu’ils s’étaient choisis qu’on ne rencontre que rarement.
Des rencontres comme celles-là vous changent.
J’ai eu l’occasion de dire déjà que je concevais une campagne présidentielle comme une métamorphose. J’en suis plus que jamais convaincu. C’est une métamorphose choisie, intérieure, mûrie, et c’est en même temps une métamorphose acceptée, extérieure, modelée par les Français eux-mêmes.
C’est une mue par laquelle on s’enrichit peu à peu de rencontres et d’instants volés à la machine médiatique. Cette transformation, c’est la vie, c’est ce qui reste de vie dans une politique de plus en plus aseptisée, aussi pasteurisée que des camemberts voués à l’exportation. On ne devient pas président seulement par l’élection. Ce n’est que l’aboutissement, l’essentiel, peut-être, s’est fait auparavant, dans le long travail de mûrissement, d’incarnation et de conviction qu’est une campagne présidentielle.
C’est un voyage. On vient avec son bagage, avec ses convictions et son regard, mais on repart, d’étape en étape, plus riche de rencontres et de messages. C’est de ces voyages qu’il connaissait de fond en comble que Jacques Chirac gardait l’extraordinaire répertoire d’instituteurs corréziens, d’infirmières bretonnes, d’artisans vosgiens qui formaient autour de lui un rempart du sens commun contre les attaques chiffrées des cabinets ministériels. Quand l’un d’eux était tout à coup évoqué, toute résistance devenait vaine, tous ses collaborateurs le savaient.
C’est une histoire qui ne peut s’écrire que chapitre après chapitre. Rien ne sert de vouloir hâter le pas. Rien ne sert de vouloir bousculer les sondages. Les Français ont l’âme de leurs romans, ils aiment jouer avec leurs personnages, rejetant les types trop caricaturaux, les caractères trop fades. Pour ceux qui se mettent à l’abri des épreuves, aucune transformation n’est possible.
Nous n’en sommes qu’au premier chapitre, mais déjà je sais que je n’aurai pas entrepris ce voyage sans raison.
DDV
DDV

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