LA FRANCE C'EST NOUS !!

BIENVENUE SUR CE BLOG DE SOUTIEN À DOMINIQUE DE VILLEPIN !! Nous, citoyennes, citoyens, avons décidé de participer dans cette aventure Présidentielle 2012, de plus en plus nombreuses et nombreux à être exaspérés par les calculs électoraux, par les discours creux et les promesses vaines. Pour une nouvelle tendance pour Mieux Vivre Ensemble. Nous pensons qu'un seul homme peut tenir ce pari : Dominique de Villepin !!



dimanche 15 janvier 2012

14 février 2003, Dominique de Villepin à l'ONU : la voix de la France



Après La statue du commandeur et Diplomate et militant, voici un troisième extrait du dernier livre de Thierry Desjardins (Fayard), « Villepin, le cauchemar de Sarkozy »: Le discours de l’ONU.

Le discours de l’ONU

C’est l’affaire irakienne qui sera le « plat de résistance » de Villepin pendant les vingt-deux mois qu’il passera à la tête de la diplomatie française. C’est l’Irak qui va lui permettre de faire « renaître » la France sur la scène internationale en l’opposant aux
États-Unis et, aussi, de changer sa propre image d’homme de l’ombre (et des mauvais coups) et de se muer en homme d’État aux yeux des Français. L’Irak était inespéré pour Villepin.

Dès le début de la nouvelle crise irakienne, Villepin a compris que Bush avait décidé de faire la guerre à l’Irak et d’« avoir la peau » de Saddam Hussein, quoi qu’il arrive et quelles que soient les négociations en cours sur le désarmement du pays et les concessions que semble prêt à faire Saddam Hussein devant les exigences des inspecteurs de l’ONU.

Le ministre français a tout de suite su que Bush mentait effrontément au monde entier en affirmant que Saddam Hussein ne respectait pas les engagements qu’il avait dû prendre au lendemain de sa défaite dans la guerre du Koweït et, pis, qu’il possédait des « armes de destruction massive ».

Il a deviné le jeu de Bush. L’Amérique n’est toujours pas « guérie » du 11-Septembre et les Américains s’aperçoivent que, si les troupes alliées ont réussi à chasser les talibans du pouvoir à Kaboul, elles ne parviennent pas à capturer Ben Laden et ses terroristes dans leurs montagnes. Bush veut donc donner « quelque chose » à son opinion publique.

Saddam Hussein, depuis sa maladroite invasion du Koweït et sa défaite, est ce « quelque chose » à donner en pâture aux Américains. Il suffit de le diaboliser un peu plus, de rappeler qu’il est un dictateur sanguinaire – ce qui est vrai –, mais de forcer encore le trait et surtout d’en faire un allié des talibans et de Ben Laden – ce qui est totalement
faux –, et une menace pour Israël avec ses armes à longue portée – ce qui n’est pas prouvé. Et ce même s’il est déjà soumis à un embargo drastique, même si certaines de ses positions continuent à être bombardées régulièrement par les aviations américaine et britannique, même s’il semble bien souvent prêt à céder devant les nouvelles exigences des vainqueurs de la guerre du Golfe.

(…)

Villepin, qui a lu tous les rapports de tous nos services secrets, est convaincu, contrairement à ce qu’affirment la Maison-Blanche, le Département d’État et Downing Street, où Tony Blair trottine derrière le grand frère américain, que Saddam Hussein ne possède ni ne met au point un arsenal nucléaire et qu’il n’a pas amassé d’armes de destruction massive.

Ayant étudié la région depuis longtemps, il sait parfaitement que Saddam Hussein, baasiste convaincu, c’est-à-dire laïc militant, n’a jamais apporté la moindre aide ni aux talibans ni à Oussama Ben Laden et ses terroristes, même s’il n’a jamais hésité à soutenir financièrement d’autres terroristes, palestiniens notamment. Ce sont les Iraniens – les ennemis mortels de Saddam Hussein, contre lesquels il a été en guerre pendant des années – qui, au nom de la révolution islamiste, soutiennent les talibans (ils l’ont prouvé pendant toute l’occupation de l’Afghanistan par les Soviétiques) et tous les terroristes qui se réclament de l’islam fondamentaliste.

Il sait aussi que, au-delà de toutes ses fanfaronnades, Saddam Hussein ne représente aucun danger pour Israël, quoi qu’en dise le gouvernement israélien.

D’autre part, il connaît l’histoire de l’Irak et se souvient de la fameuse phrase de Churchill : « L’Irak, cette folie des Britanniques qui, pour réunir deux champs de pétrole, Kirkouk et Bassorah, ont réuni trois peuples qui se haïssaient, les Kurdes, les sunnites et les chiites. » Il sait donc que, en touchant à ce fragile équilibre d’un pays artificiel, on risque fort de le faire éclater, et qu’en abattant Saddam Hussein, le patron de la minorité sunnite, on va inévitablement donner le pouvoir à la majorité chiite, c’est-à-dire précisément aux coreligionnaires des Iraniens de l’ayatollah Khamenei.

Enfin, il sait qu’une opération militaire menée par les Américains en terre arabe, qui risque fort de se prolonger indéfiniment, ne pourra qu’aviver la haine des foules arabes – voire de toutes les foules musulmanes – contre l’Occident.

Il considère d’ailleurs comme totalement absurde l’idée de Bush selon laquelle, en imposant par la force la démocratie en Irak, on pourrait métamorphoser toute la région du Proche et du Moyen-Orient et y instaurer partout des régimes démocratiques. Villepin est convaincu depuis toujours qu’« aucune solution ne pourra être trouvée pour ce Proche-Orient “compliqué” tant qu’on n’aura pas réglé le problème des Palestiniens ». Pour lui, la clé de la paix n’est pas à Bagdad mais à Jérusalem.

Cette accumulation d’erreurs de l’administration Bush offre donc à Villepin une chance extraordinaire. Celle de pouvoir dire « non » aux États-Unis, à la face du monde, et ainsi de remettre la France à une place d’honneur dans le concert des Nations, celle que lui avait donnée de Gaulle, notamment lors du discours de Phnom Penh. Plus jamais les Français n’accepteront d’être les supplétifs des Américains, comme ils l’ont été pendant la première guerre du Golfe, comme ils le sont encore en Afghanistan, et a fortiori comme ils le seraient dans une expédition fondée sur des mensonges.

(…)

Pendant dix mois, de mai 2002 au 20 mars 2003, on assiste à une crise diplomatique sans précédent orchestrée par trois personnages : Bush, Saddam Hussein et, en vedette-surprise, un certain Dominique de Villepin.

Pour des raisons de politique intérieure, Bush veut sa guerre et sait qu’il l’aura. Mais il lui faut un prétexte pour déclencher les hostilités. Il est donc obligé de faire semblant d’exiger de Saddam Hussein des preuves démontrant qu’il n’a pas d’« armes de destruction massive ». La CIA étant aussi bien informée que les services secrets français, le président américain sait parfaitement que Saddam Hussein ne possède pas ces armes. Mais qu’importe. D’ailleurs, Saddam Hussein met de la mauvaise volonté à laisser les inspecteurs de l’ONU travailler en Irak, ce qui suffit amplement au président américain pour affirmer que le dictateur de Bagdad possède bien des armes redoutables pour la sécurité de la planète.

Bush est par ailleurs certain que tous les alliés des États-Unis le suivront comme un seul homme dans cette expédition « préventive », si ce n’est punitive.

Saddam Hussein, qui vient de subir une défaite épouvantable après son agression contre le Koweït, est convaincu que jamais les Américains ne lanceront contre lui une nouvelle attaque. Il pense avoir suffisamment payé ses provocations. Il ne veut donc pas avoir l’air de capituler une nouvelle fois en ouvrant tout grands ses sites (où il n’y a rien) aux inspecteurs de l’ONU. Il fait traîner les choses pour tenter de sauver le peu de prestige qui lui reste.

Villepin ne se fait aucune illusion. Ce n’est pas lui qui pourra convaincre Bush que cette guerre est absurde. Il a d’ailleurs remarqué que l’administration américaine n’imaginait pas une seule seconde que la France puisse oser s’opposer à cette guerre.

(…)

Dans Le Requin et la Mouette, Villepin écrit : « La vision et les convictions développées par Jacques Chirac depuis tant d’années sur la scène internationale ont trouvé là leur meilleure illustration. Il avait eu la force de réagir en Bosnie, en Afghanistan ou au Proche-Orient, de s’engager inlassablement au service des peuples opprimés et des plus pauvres, de défendre le dialogue des cultures et l’exigence d’un développement durable, d’avancer en première ligne dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et le terrorisme. Là encore, il a montré le chemin. Jour après jour, je l’ai observé, lucide, exigeant. Fort de cette sérénité qui ne peut être le fruit que de la réflexion et de l’expérience […]. Dans l’action, sa détermination était entière, ouverte à l’échange, mais balayait la peur et la faiblesse, chassait tout esprit de compromission. »

Le 14 mai 2002, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 1409 qui assouplit le régime de sanctions imposé à l’Irak depuis la guerre du Golfe de 1990 et lui permet d’importer plus facilement des produits « à usage civil ». On va plutôt vers la détente. Mais le 1er juin, devant l’Académie militaire de West Point, George Bush annonce que les États-Unis doivent se préparer à « une action préventive contre les pays de l’axe du mal » pour répondre aux menaces terroristes.

Le 1er août, Saddam Hussein « invite » les inspecteurs de l’ONU à revenir à Bagdad. Mais, le 26, Dick Cheney, le vice-président américain, affirme que la « doctrine de prévention » va être appliquée « afin d’empêcher Saddam Hussein d’acquérir des armes de destruction massive » et que, d’ailleurs, « l’objectif des États-Unis est un changement de régime à Bagdad ».

Trois jours plus tard, le 29, Chirac, devant la Conférence des ambassadeurs de France, condamne « la tentation américaine d’une action unilatérale et préventive en Irak » et réaffirme qu’« aucune intervention militaire ne peut se concevoir sans un mandat de
l’ONU ».

Les choses s’accélèrent au fil des mois.

En septembre, Bush et Tony Blair (qui s’est immédiatement rallié aux Américains) affirment dans un communiqué commun qu’« une politique d’inaction envers Bagdad serait irresponsable » ; devant l’Assemblée générale des Nations unies, Bush exige que l’Irak « désarme immédiatement et sans condition » et demande au Conseil de sécurité d’adopter « une résolution permettant une action militaire immédiate », ajoutant que, « en absence d’une telle résolution, les États-Unis conduiront seuls une offensive militaire » ; Chirac redit l’opposition totale de la France « à toute action unilatérale ».

En octobre, Saddam Hussein répète qu’il accepte le retour des inspecteurs de l’ONU. Bush s’y oppose et présente un inventaire (très vague) des armes que posséderait Saddam Hussein ; le Congrès américain autorise Bush à lancer une action militaire contre l’Irak ; Chirac, en visite officielle en Égypte, déclare : « La région n’a pas besoin d’une guerre de plus. La France prendra ses responsabilités. »

En novembre, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1441 qui demande le désarmement de l’Irak et le retour des inspecteurs de l’ONU. Aussitôt, la Maison-Blanche fait savoir que « cette résolution autorise le recours à la force », mais Paris, Moscou et Pékin répondent que « cette résolution exclut toute automaticité du recours à la force ». Chirac ajoute que « cette résolution est une chance ultime ». Le 21, Chirac et Bush se retrouvent au sommet exceptionnel de l’OTAN, à Prague. Le Français déclare à l’Américain : « Avec votre guerre, vous allez créer des bataillons de petits Ben Laden. »

En décembre, Bagdad, qui a accepté sans condition la résolution 1441, remet aux inspecteurs de l’ONU et conformément à ladite résolution un inventaire de ses armements. Un texte de 12 000 pages, un peu confus. Le secrétaire d’État américain, Colin Powell, qui semble gêné par le bellicisme de son président, relève « un certain nombre d’omissions et d’imprécisions » dans ces pages.

En janvier 2003, les responsables des missions d’inspection, Hans Blix et Mohammed el Baradei, sont à Bagdad et affirment que leurs conversations avec les autorités irakiennes « permettent d’espérer de rapides progrès ». Mais Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État américain à la Défense, et Colin Powell exigent soudain que Saddam Hussein parte en exil « pour éviter la guerre ».

Le 20 janvier, au Conseil de sécurité, Villepin brandit la menace d’un veto de la France contre cette guerre, dénonce « l’impatience de Washington » et déclare : « Aujourd’hui, rien ne justifie d’envisager une action militaire. » Le 28, dans son discours sur l’état de
l’Union, Bush annonce que Colin Powell va « très bientôt présenter des preuves irréfutables que l’Irak possède des armes de destruction massive et qu’il entretient des relations étroites avec Al-Qaida ».

Chaque capitale prend alors position. L’Allemagne, la Russie et la Chine ont rejoint la France dans son opposition à cette guerre « préventive », puisqu’il semble que les inspecteurs du désarmement puissent de nouveau poursuivre leur mission en Irak. Mais
Washington a réussi à entraîner, derrière la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, le Portugal et le Danemark, qui publient un communiqué commun demandant « que la crise irakienne ne remette pas en cause les rapports transatlantiques ». C’est, en termes diplomatiques, une attaque en règle contre Paris et Berlin.

(…)

Le 5 février, Colin Powell présente au Conseil de sécurité des photos aériennes de sites militaires irakiens qui ne convainquent personne et accuse Saddam Hussein de tromper les inspecteurs de l’ONU et d’avoir des liens avec Ben Laden ; neuf membres du Conseil de sécurité (dont la France, l’Allemagne et la Russie) demandent la poursuite des inspections sur place ; le 6, Bush déclare devant toutes les télévisions du monde : « La partie est finie » ; le 8, à la conférence internationale sur la sécurité de Vienne, Villepin et Donald Rumsfeld sont sur le point d’en venir aux mains ; le 9, les inspecteurs envoient, de Bagdad, une note au Conseil de sécurité affirmant que « de bons progrès sont observés » ; le 10, Paris, Berlin et Moscou publient un texte commun demandant un renforcement des inspections ; Bush se déclare « très déçu par l’attitude de certains alliés », et la presse américaine se déchaîne contre la France, certains journaux demandant même à leurs lecteurs de boycotter tous les produits français.

Le 14 février 2003, Villepin prononce son célèbre discours devant le Conseil de sécurité. Tout le monde le connaît, mais rares sont ceux qui l’ont lu in extenso. Le voici donc (…)

Villepin sera longuement applaudi par le Conseil de sécurité, ce qui est rarissime dans cette enceinte. C’est indiscutablement un beau texte. Villepin y a longuement travaillé, Chirac l’a lu, relu et corrigé. « Non, précise aujourd’hui Villepin, Chirac n’a pas corrigé
un seul mot. »

De tous les récits de cette fameuse séance du 14 février 2003, le meilleur est sans conteste celui de Bruno Le Maire, alors conseiller de Villepin et qui tenait un journal personnel qu’il publia, en 2004, sous le titre Le Ministre.

Le Maire raconte, d’abord, que dans le Concorde qui, le matin même, les conduit à New York, Villepin, relisant une énième fois son discours, lui demande : « Est-ce que je garde l’histoire du vieux pays ? » et que, dans la voiture qui les mène au siège de l’ONU, il repose la même question à La Sablière : « Le vieux pays, Jean-Marc, tu en penses quoi ? On le supprime ? » Ce à quoi notre ambassadeur auprès des Nations unies répond : « Non, c’est très bien. C’est un passage fort. Ils comprendront. »

Puis Le Maire raconte la séance : « Kofi Annan a donné la parole au ministre. Il a commencé à parler d’une voix grave, qui n’était pas exactement la sienne, plus rugueuse qu’à l’ordinaire et il parlait lentement. Il articulait chaque mot, laissant aux interprètes
le temps de traduire. Powell gardait la mâchoire serrée, les yeux mi-clos derrière ses lunettes rectangulaires. Sa cicatrice dans le cou palpitait doucement. […] Il n’y avait pas un bruit dans la salle du Conseil. […] Et cela montait. Le silence montait. Il est arrivé à ces mots : “Et c’est un vieux pays…” Des rires ont parcouru les gradins. Mais c’était de la nervosité, du soulagement aussi, de pouvoir rire un instant, et de l’étonnement. Je crois
qu’ils ont dû se dire, à ce moment : “Ce type est fou.” Powell a dû se dire : “Ce type est fou.” Les autres membres du Conseil : “Ce type est fou.” Kofi Annan avec ses longs doigts de prince africain : “Ce type est fou.”

« Et la salle a éclaté en applaudissements. Moi, sur mon siège, avec la fatigue, l’émotion, je pleurais presque. Il y avait de la prophétie dans ce discours, autant que d’amour déçu pour l’Amérique, d’orgueil et d’utopie. […] Le ministre est sorti à son tour pour répondre au Président. Il n’avait pas l’air de réaliser ce qui venait de se passer. Il prenait un air détaché. Des journalistes s’approchaient de lui. Il ne leur a pas répondu, simplement le sourire du gamin qui a réussi son coup. »

Villepin conteste aujourd’hui deux détails : « Je n’ai jamais demandé à personne s’il fallait garder “le vieux pays”. Le Maire raconte n’importe quoi dans son bouquin. Vous m’imaginez avec le sourire d’un gamin qui a réussi son coup ? Absurde ! »

Quelques heures plus tard, douze des quinze membres du Conseil de sécurité déclarent qu’ils sont, comme le demande la France, favorables à la poursuite des inspections pour savoir si, oui ou non, l’Irak possède ces fameuses armes de destruction massive auxquelles plus personne ne croit. Seuls les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne affirment qu’il est temps de déclencher les opérations militaires.

Le 1er mars, les inspecteurs de l’ONU, qui ont repris leur travail en Irak, envoient à New York un rapport dans lequel ils précisent que l’Irak, a commencé à détruire ses missiles Al-Samoud 2, dont la portée contrevenait aux conditions édictées par les Nations unies. Le 4, on apprend que 230 000 GI sont positionnés aux frontières de l’Irak, essentiellement au Koweït, et Colin Powell déclare que « les États-Unis sont prêts à déclencher une guerre avec ou sans mandat de l’ONU ». Le 7, Villepin répète que « la France dit non à la logique de la guerre ». Le 10, Chirac déclare à la télévision : « Quelles que soient les circonstances, la France votera non à la résolution que veulent présenter les États-Unis et la Grande-Bretagne, car la guerre peut encore être évitée. »

Le 20 mars 2003, Bush annonce que la guerre a commencé. Les événements vont, tragiquement et très rapidement, donner raison à Villepin (et à Chirac, qu’on oublie trop souvent dans cette histoire). Les Américains ne trouveront jamais la moindre arme de destruction massive ni la moindre preuve d’une quelconque collaboration entre l’Irak de Saddam Hussein et les terroristes d’Al-Qaida. L’invasion de l’Irak ne sera pas la réponse aux attentats du 11-Septembre.

L’opération militaire, qui ne devait durer que quelques jours, au pire quelques semaines, selon Colin Powell, va se transformer en véritable guerre et durer des années ; les « libérateurs » acclamés (du bout des lèvres) lors de leur arrivée vont très rapidement devenir des « occupants » détestés ; les Américains et les Britanniques subiront de nombreuses pertes et l’Irak va devenir le théâtre d’une véritable guerre civile entre chiites et sunnites, alors que les Kurdes prendront leur autonomie dans le nord du pays.

Mais les Américains finiront par capturer Saddam Hussein, par le faire juger et par le faire exécuter ; la production du pétrole reprendra très vite et beaucoup d’entreprises américaines – notamment l’entreprise Halliburton, présidée jusqu’en 2000 par Dick Cheney, le vice-président américain – obtiendront des contrats mirifiques pour reconstruire tout ce que l’aviation américaine avait détruit.

Chirac et Villepin avaient raison, mais ils ont perdu la partie : ils n’ont pas pu empêcher la guerre. Ils ne se faisaient d’ailleurs aucune illusion. Mais, et c’était là l’essentiel aussi bien pour Chirac que pour Villepin, ils ont réussi à redonner à la France l’image d’une grande puissance qui a osé prendre la tête d’une « mutinerie » contre l’hégémonie américaine, en entraînant derrière elle l’Allemagne, la Russie et un bon nombre d’autres pays, notamment du tiers-monde, même si cette audace a brisé en deux l’Europe, la Grande-Bretagne, l’Espagne et la plupart des pays de l’Est restant soumis et respectueux devant Washington.

Mais Villepin est devenu, en vingt minutes de discours, un héros national. (…)

Source: « Villepin, le cauchemar de Sarkozy » – Thierry Desjardins (Fayard)

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur

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